Le sarrasin
Le sarrasin (Fagopyrum esculentum) est une plante intéressante à analyser sous l’angle de son effet allélopathique, surtout dans le contexte de l’agriculture de conservation des sols (ACS). Bien qu’il ne soit ni une légumineuse ni une plante décompactante profonde comme la chicorée ou la luzerne, il est souvent utilisé comme couvert végétal pour ses nombreux atouts, dont son potentiel allélopathique. Voici une évaluation détaillée :
Effet allélopathique du sarrasin
- Mécanisme :
Le sarrasin produit et libère des composés chimiques, principalement des composés phénoliques (comme l’acide gallique, l’acide chlorogénique et la rutine) ainsi que des flavonoïdes, par ses racines, ses feuilles et ses résidus après décomposition. Ces substances ont un effet inhibiteur sur la germination et la croissance de certaines plantes voisines, en particulier les adventices. - Cibles principales :
- Adventices comme le chénopode blanc (Chenopodium album), le mouron des champs (Stellaria media) ou certaines graminées (ex. : pâturin).
- Moins d’effet sur les grandes adventices établies ou les cultures à enracinement profond.
- Mode d’action :
- Les allélochimiques interfèrent avec la respiration cellulaire, la synthèse des protéines ou la division cellulaire des plantes sensibles, réduisant leur compétitivité.
- L’effet est plus marqué dans les sols où les résidus de sarrasin sont laissés en surface (typique en ACS avec semis direct).
Caractéristiques et atouts en ACS
- Période d’action :
- Croissance rapide (30-40 jours pour couvrir le sol), floraison en 6-8 semaines. Semé souvent en été (juin-août) comme interculture.
- L’effet allélopathique est actif pendant sa croissance et persiste après sa destruction grâce aux résidus.
- Autres bénéfices :
- Couverture du sol : Étouffe physiquement les adventices par sa densité (compétition pour la lumière).
- Mobilisation du phosphore : Ses racines exsudent des acides organiques qui rendent le phosphore plus disponible dans le sol.
- Mellifère : Fleurs blanches très attractives pour les abeilles et autres pollinisateurs, produisant un miel foncé au goût prononcé.
- Biomasse : Fournit une matière organique abondante après destruction (gel ou roulage).
- Décompaction :
- Racines fibreuses peu profondes (20-30 cm), donc un effet décompactant limité comparé à des pivotantes comme la luzerne ou le radis. Son action sur la structure du sol est plutôt superficielle.
Intérêt allélopathique spécifique
- Suppression des adventices :
- Études montrent que le sarrasin peut réduire la biomasse des adventices de 50 à 80 % dans les semaines suivant son implantation, grâce à la combinaison de son effet chimique (allélopathie) et physique (couverture dense).
- Efficace surtout contre les petites adventices annuelles en phase de germination ou de jeune plantule.
- Impact sur les cultures suivantes :
- L’effet allélopathique du sarrasin est généralement de courte durée (quelques semaines à un mois après destruction), car ses composés se dégradent rapidement dans le sol. Cela le rend compatible avec la plupart des cultures suivantes (ex. : céréales d’hiver), à condition de respecter un délai après sa destruction.
- Cependant, un semis trop précoce après le sarrasin peut légèrement retarder la germination de cultures sensibles (ex. : jeunes légumes ou blé tendre), bien que cet effet soit rare en pratique.
Limites de l’allélopathie du sarrasin
- Efficacité variable :
- Dépend des conditions du sol (plus fort en sols légers et acides), du climat (efficace en été chaud) et de la densité de semis (au moins 50-70 kg/ha pour un effet optimal).
- Effet sélectif :
- Moins efficace contre les adventices vivaces à rhizomes (ex. : liseron, chiendent) ou déjà bien implantées avant le semis.
- Pas d’effet sur les pathogènes :
- Contrairement à la moutarde (glucosinolates biofumigants), le sarrasin n’a pas d’action notable sur les nématodes ou champignons du sol.
Mon avis sur le sarrasin en ACS
Le sarrasin est une star des intercultures estivales grâce à son effet allélopathique, qui en fait un outil naturel pour limiter les adventices sans herbicides ni travail du sol – un atout clé en ACS. Son côté mellifère ajoute une valeur pour la biodiversité, et sa capacité à mobiliser le phosphore enrichit le sol. Cependant, il ne répond pas au critère de décompaction profonde.